1. L’Histoire des vaccins

Si aujourd’hui les vaccins sont connus et utilisés dans le monde entier, ils ont été inventés par l’Homme et perfectionnés au cours des siècles. Les premières expériences qui peuvent s’apparenter à nos vaccins actuels débutent en Chine au XVIème siècle. Dès 1570, les Chinois constatent que chaque individu ne peut attraper une maladie comme la Peste Noire ou la variole qu’une seule fois dans sa vie.
Ils décident alors de protéger des personnes qui ont déjà attrapé la variole, et qui en ont guéri, en les mettant en contact avec des vêtements de patients infectés. Leur expérience fonctionne et les patients ne présentent aucun signe de la maladie. On se sert également des pustules de certains malades afin d’en extraire du pus qui est ensuite injecté par voie nasale dans l’organisme de patients à protéger. Cette pratique est appelée l’inoculation et elle sera pratiquée en Orient jusqu’au XVIIIème siècle.

Après ces découvertes en Orient, le principe d’inoculation arrive en Occident en 1717, grâce à Mary Wortley Montague, dite Lady Montague. Lors d’un séjour en Turquie où elle accompagne son mari, ambassadeur d’Angleterre, elle fait la découverte de cette pratique, qu’elle raconte dans une lettre qu’elle adresse à son amie Sarah Chiswell. Et explique dans celle-ci que le mode d’administration est par intraveineuse et que les patients traités contractent une mini maladie, un peu de fièvre et parfois quelques boutons mais au bout d’une ou deux semaines, tous les signes cliniques ont disparus et les patients sont immunisés. Atteinte par la variole et défigurée par celle-ci, Lady Montague, se laisse tenter par l’expérience miracle en essayant sur son propre fils. Le bras du garçon se met à gonfler et, au bout d’une semaine, de larges taches apparaissent sur son visage; il est également assoiffé pendant quelques heures, et présente un peu de fièvre. Peu après, une centaine de pustules se forment sur son corps, mais elle se transforment rapidement en croûtes avant de tomber sans laisser de trace.
L’innoculation 1807, peint par Louis Léopold Boilly, The Wellcome Library, Londres

En avril 1721, dès son retour en Angleterre, Lady Montague demande au chirurgien de l’ambassade, Charles Maitland, d’effectuer une nouvelle fois cette opération, mais sur sa jeune fille âgée de quatre ans. L’opération est un véritable succès et les deux enfants sont immunisés à vie contre la variole. Ce sont les débuts de la vaccination. Afin de s’assurer de l’efficacité de cette pratique, elle est répétée sur six prisonniers et six orphelins Londoniens, et tous survivent. Après le succès d’une nouvelle inoculation des deux filles de la princesse de Galles en avril 1722, la variolisation est acceptée dans toute la Grande Bretagne, puis dans l’Europe entière.
A cette époque, les connaissances en médecine sont largement inférieures à celles que l’on possède aujourd’hui, et cette variolisation permet uniquement de sauver des individus contaminés, et non d’éviter leur contamination. Edward Jenner est un docteur qui fait également avancer les recherches sur la vaccination grâce à ses expériences sur la vaccine. C’est une maladie infectieuse qui touche les bovins et les chevaux, et qui peut être transmise à l’Homme. Elle provoque alors chez l’être humain des lésions cutanées similaires aux pustules provoquées par la variole, mais elle n’est pas mortelle. C’est donc une maladie similaire à la variole, mais de manière atténuée. Le 14 mai 1796, le docteur est confronté à une patiente, Sarah Nelmes, une vachère atteinte de la vaccine qui lui a été transmise par ses vaches. Elle présente plusieurs pustules sur sa main droite et son avant bras droit. Le 1er juillet de cette année là, il injecte à James Phipps, un enfant de huit ans, un peu de pus provenant de la main de la vachère, et le jeune garçon ne présente aucun symptôme de la maladie, il vient donc d’être vacciné contre la vaccine, mais également contre la variole, compte tenu de la ressemblance entre les deux maladies. Durant le Printemps de 1797, Jenner immunisera plus de 1450 patients, des jeunes enfants aux personnes âgées.

Enfin, c’est en 1885 que le vaccin à proprement parler est inventé par Louis Pasteur, médecin et biologiste français. Après avoir récupéré des parties de moelles osseuses provenant de lapin morts de rage, il concocte un bouillon stérilisé qu’il injecte à des animaux qu’il veut immuniser, et ils seront après cela vaccinés contre la rage. Quelque temps après, Joseph Meister, âgé de neuf ans, vient se présenter à son laboratoire, car il vient d’être violemment mordu par son chien, malade de la rage. Pasteur lui injecte une demi seringue de moelle de lapin mort de la rage et le jeune garçon guérit et est vacciné pour la fin de sa vie.
Louis Pasteur, par Gaspard Félix Tournachon, avant 1895.

Pasteur est la première personne à utiliser le verbe vacciner, en 1880. Il effectue une autre série d’expériences sur des volailles. Le choléra des poules est une maladie qui arrive d’Italie et se traduit par un état d’hébétude et de somnolence de l’oiseau, c’est à dire de violents ralentissements cérébraux, accompagnés par de violentes diarrhées. La mort des poules survient généralement dans les deux jours qui suivent le début des symptômes de cette maladie. Il réalise une expérience où dix poules vaccinées par inoculation et dix poules non vaccinées reçoivent une injection avec un virus dans la veine jugulaire. Les dix premières poules, en plus de survivre, ne présentent aucun signe clinique représentatif de la maladie, alors que les dix autres poules meurent deux jours après.

Il réalise encore de nombreuses d’expériences qui lui servent à prouver que chaque poule peut être vaccinée un certain nombre de fois, jusqu’à ce qu’elle soit vaccinée totalement et que même l’attaque la plus virulente du virus ne puisse plus la toucher. Cette vaccination complète nécessite parfois deux, trois voire très rarement, quatre injections.

Malgré ces nombreux succès, cette pratique ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique. D’ailleurs, un vétérinaire originaire de Melun, Hippolyte Rossignol, défie Pasteur de guérir les animaux touchés par la maladie du charbon, une maladie grave qui causait leur mort. A l’époque, on l’appelle également « maladie du sang de rate » car on a remarqué lors des autopsies que les animaux malades avaient un sang presque noir. Le 5 mai 1881, Pasteur relève le défi dans le village de Pouilly-le-fort, près de Melun. De nombreux médecins ainsi que des députés et des sénateurs sont présents, l’expérimentation est très attendue. Elle est réalisée avec succès, et, après cinq séances d’inoculation de l’agent infectieux plus ou moins atténué par une culture à 42-43°, le mouton vacciné survit, alors que celui qui n’a reçu aucune injection décède.
Évolution de la température corporelle des moutons, après l’injection de l’agent infectieux le 28 mai 1881

Schéma illustrant l’expérience de Pasteur sur un mouton vacciné et un mouton non vacciné contre la maladie du charbon.

Au XXème siècle, la vaccination est en plein essor, et de nouveaux vaccins sont sans cesse créés. En 1927, deux médecins et biologistes français, Albert Calette et Camille Guérin, utilisent une souche atténuée de bacille tuberculeux bovin nommée Mycobacterium bovis afin de créer le vaccin anti-tuberculeux appelé BCG (pour bacille de Calmette-Guérin). En 1954, c’est le vaccin antipoliomyélitique qui est mis sur le marché, suivi de près par les vaccins contre la rougeole et les oreillons en 1960.

Pendant dix ans, de 1967 à 1977, l’Organisme Mondial de la Santé (OMS) lance une campagne   mondiale de vaccination, ce qui éradique totalement la variole, alors que celle-ci était susceptible de toucher 60% de la population mondiale en 1960.

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